Comptable
New York
le 3 février 2011
Cher
Grégory,
Récemment, tu m’as posé des questions sur mes activités politiques, sur la situation du pays et mes contributions à la solution haïtienne, tout en faisant remarquer l’importance d’un nouveau
leadership national.
Actuellement, je travaille sur trois projets à savoir l’émergence de la Nouvelle opposition nationale, l’Intronisation des réformes générales et les Interventions quotidiennes sur le Net à
travers des articles et des lettres.
Si ces
projets présentent des caractéristiques communes dans la mesure qu’ils tombent dans le contexte politique, cependant chacun d’eux nécessite des approches différentes.
*
La
Nouvelle opposition nationale propose de nouvelles stratégies dans la lutte pour le changement. En outre, nous essayons de réunir les nationalistes autour d’un principe moteur, en épurant leurs
rangs d’agents pathogènes et d’éléments rétrogrades, tout en proposant des critères d’admission, antidotes aux dérives traditionnelles : le populisme putride.
Pour
produire le changement, il faut réviser notre système politique, dénoncer ses failles, rectifier ses contradictions. A mon avis, il est impossible de lancer le Développement ou d’initier la
Reconstruction si le train de la nation est déraillé.
Certainement, nous vivons une situation de blocage. Perdant la notion du temps et d’espace, tout s’effondre autour de nous, même les fracas nous laissent indifférents.
Malheureusement, la scène nationale se moque des tendances novatrices. Un quart de notre électorat croit dans les élections, arbres stériles, ronces cruelles tandis que la majorité de nos
concitoyens veillent dans un silence complice.
Les
Haïtiens sont des anormaux, souffrant de sévices cycloniques, épidémiques et totalitaires. Il est impossible de leur faire changer de perceptions. N’oublie pas qu’on s’adresse à des malades, pour
qui la douleur est devenue la raison de vivre.
Tu n’as
qu’à jeter un coup d’œil sur le Net pour évaluer le niveau d’engagement et la fréquence de participation de nos concitoyens. Moi, je me suis buté sur cet escalier à trois marches :
Ignorance, Indifférence, Intransigeance. On dirait que le débat national serait devenu un championnat de farces.
Les
nouveaux critères proposés par la Nouvelle opposition nationale devraient être enseignés à travers des séminaires et sur les ondes, pour permettre une assimilation intelligente. Malheureusement,
je ne suis pas en mesure de concevoir des textes, pour ensuite les enseigner. Une autre entité devrait assurer le suivi.
De plus,
Haïti souffre d’un problème de classe. Au cours des cinquante dernières années, les anciennes familles se sont désintégrées, les nobles citoyens et nos meilleurs cadres se sont expatriés.
Malheureusement, ces fuyards ont trahi la cause nationale et renient leurs origines. Nos actuels privilégiés, sont des citoyens totalement dépourvus, obstacles au changement.
Ceux qui
veulent le changement doivent contribuer à son avènement, par des actes concrets, car les beaux discours engendrent d’inutiles palabres.
*
Maintenant, laissant l’activité citoyenne pour aborder l’institutionnalisation. La Réforme générale est immense et problématique. Cette transformation globale inclut des réformes agraire,
académique, judiciaire, sécuritaire, administrative, économique, sans oublier la décentralisation politique.
Imagine
tous nos travailleurs haïtiens, tous nos cultivateurs souscrivent à des associations syndicales respectives, paient des taxes reçoivent des subventions. Imagine un système académique et sanitaire
universel adoptant les standards occidentaux. L’institutionnalisation vise la transformation sociale par la mise en valeur du capital humain. Les actuels architectes de la Reconstruction
nationale sont-ils en mesure de faire ses considérations en dégageant l’aspect idéologique de l’entreprise ?
En effet,
depuis 2007, je préconise l’avènement d’un gouvernement provisoire dont la mission serait de rectifier nos contradictions politiques avant d’introniser les Réformes. Malheureusement, notre
capacité d’adaptation nous empêche d’identifier les obstacles ou de les contourner.
Les
élections accentuent la crise de gouvernabilité, nous nous contentons de légitimer le fiasco, le chaos et les démons qu’ils entraînent. Pour laisser ce cercle vicieux notre premier devoir est de
rompre avec la tradition, le deuxième, parrainer l’innovation.
Malheureusement, mes concitoyens sont perdus dans des considérations erronées, fantaisistes, sentimentales. Plongé dans l’hébétude, l’Haïtien flotte comme un poids mort à la surface du
marécage de la douleur. Les esprits nagent dans l’irrationalité comme les canards dans la mare. Dans notre société, les victimes s’assimilent aux coupables. Nous allons élire bientôt, un ancien
roi de carnaval, ainsi Haïti va devenir la République des latrines.
J’ai en
face de moi, un peuple maudit, qui ne se laisse pas mener, mais qui se fait malmener. Célèbre pour sa misère, il attend le carnaval funèbre pour suivre les convois de cris.
La
situation est plus complexe qu’elle n’en paraît, le blocage, le refus, l’échec règnent dans notre personne, coule comme le sang dans nos veines, ruissèle comme l’oxygène dans notre souffle.
Ainsi, au lieu d’accuser nos dirigeants, je questionne notre communauté qui les produit, qui les nourrit, qui les tolère.
Nous
sommes un peuple de tambour, une nation de bambou, une société de carnaval, nous devons souffrir davantage avant de pouvoir apprécier les délices de la civilisation.
*
Finalement, dans cette situation de blocage où l’échec est inévitable, l’affront irréparable, j’en profite pour répondre à mes rares lecteurs et
commenter les rares articles qui me paraissent intéressants. Par cette pratique, je garde contact avec la réalité, revois mes calculs avec l’évolution de la situation.
Au sujet
de la gestion politique, point mentionné dans ton second courrier, je crois que le leadership puise sa consistance dans le collectif quand le meneur transcende les aspirations communes.
Déshumanisés, nous avons perdu des notions de progrès et de grandeur. Nous nous attachons beaucoup plus au désespoir qu’à l’espoir. Pour produire le changement, il faut extraire le pays des
bas-fonds où il s’est précipité puis l’aider à se tenir debout comme un être humain pour pouvoir gravir la pente des défis quotidiens.
Le
changement comporte deux volets : théorique et pratique. J’ai déjà traité l’aspect théorique en proposant une Réforme générale. Mais puisque mes concitoyens ne croient plus à rien, il est
difficile de prêcher la bonne nouvelle dans un milieu négatif, aride et défoncé.
Les
conditions qui devraient conduire à l’émergence d’un nouveau leadership national ne sont pas réunies. Il faut une prise de conscience générale, une tendance progressiste, une pousse
ascendante.
Le leader
le plus habile ne peut pas enlever l’échec de l’Haïtien, l’Haïtien de l’échec.
Autrement, nous ne pouvons que constater nos frères engloutis par les inondations, broyés par les séismes, piqués par les épidémies. Malgré sa sagesse et son courage, le nouveau leader ne peut rien contre la nature humaine, nid de mauvaise foi, tombeau de douleur.
Chez
nous, on éprouve du mal à identifier les secteurs, leurs fonctions et leurs revendications. On a l’impression d’être perdu entre les tentes d’un groupe de nomades : les réfugiés
d’aujourd’hui et les exilés de demain.
Le
changement politique nécessite l’appui d’une classe sociale. C'est-à-dire, les bénéficiaires doivent s’y adhérer pour enfanter une nouvelle société.
Depuis
plus d’une cinquantaine d’années, on combat l’élitisme chez nous pour imposer l’obscurantisme. Aujourd’hui, notre système politique s’assimile à une « dictature prolétarienne », laquelle se
traduit par la prostitution des valeurs, la chute des institutions et l’avènement des indésirables. Les arrières cours de Port-au-Prince ont perdu leurs cuisinières et leurs jardiniers
d’autrefois, lesquels siègent aujourd’hui au niveau des trois pouvoirs.
En
m’attribuant le titre de « père des sciences politiques haïtiennes j’attire l’attention de nos lettrés sur l’usage du savoir dans la crise nationale. Nos intellectuels œuvrent comme des
moulins, sans tenir compte d’une méthodologie appropriée. J’argue qu’il faut une sociologie, une psychologie comme il existe une musique ou une peinture haïtienne. La crise nationale émane d’une
carence académique. Puisqu’il n’existe ni paramètre ni référence, on a l’impression d’errer dans l’univers des maux.
Comme la
mer se déferle, comme les montagnes s’effritent, l’histoire évolue indépendamment de la volonté humaine. Un jour viendra, le changement prendra l’allure d’une nécessité historique, quand la force
des choses nous l’aurait imposé.
Malgré
les obstacles visibles et les échecs connus, je promets de planter l’étendard de la victoire nationale au pied du palmier de la nouvelle révolution haïtienne.
New York, le 25 janvier
2011
Salut Rony.
Comment sont tes activités politiques, est-ce encore dans tes plans? Comment vois-tu la situation politique en Haïti? Que comptes-tu faire pour remédier à la situation ?
A bientôt!
Gregory Desmarattes
New York, le 1 février
2011
Salut Rony.
Tu as tout a fait raison Rony! Tu peux bien t'attribuer le titre de “père des sciences politiques haïtiennes”, car je n'ai jamais vu avant un Haïtien traiter les problèmes du pays comme tu
l'as présentés.
Maintenant, je pense que Haïti a besoin des gens comme toi, des éléments qui se positionnent pour éclairer la voie du peuple, en ce moment de grandes confusions. Haïti a
besoin d'un leader sérieux, compétant et méticuleux; un politicien chevronné et avide diplomate, pouvant réformer ct pays, cette nation en dérive.
Je sais que ton plan d'action fera grand bien à Haïti et aux Haïtiens qui ne font que rêver d'un avenir meilleur. La reconstruction d’Haïti sans une réforme général sera une simple perte de
temps, car pris au cercle vicieux, les problèmes resteront les mêmes.
Haïti a besoin de toi mon ami!
A la prochaine.
Gregory
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