Lundi 8 novembre 2010 1 08 /11 /Nov /2010 17:14

Rony Blain 1 novembre 2010

 

En 2005, au cours de la période pré-électorale, je me suis insurgé contre les agissements du  Groupe 184. J’avais vu juste, c’était une bande de mystificateurs, des farceurs qui se croyaient être au dessus de la mêlée dans un pays où l’obscurantisme a broyé l’élitisme. Quelques jours avant les élections de cette année, le GRAHN, groupe d’experts haïtiens vivant au Québec, vient de publier « Construction d’une Haïti Nouvelle », un ouvrage collectif qui s’assimile au Nouveau contrat social du Groupe 184, non par la forme mais par le fond. Car, l’un complote à l’intérieur, l’autre grimace à l’extérieur.

 

« Construction d’une Haïti Nouvelle » symbolise la faillite de l’intelligentsia haïtienne, sa vision limitée, sa perception égocentrique et ses carences historiques.

 

En 2009, j’avais demandé à nos ressortissants de transformer leur salon en association politique. Mais qui va prendre au sérieux des experts, pardon, des bricoleurs émergés seulement au cours de la période post-sismique. 

 

Comme preuve, je me réfère au passé de cette association haïtienne, ce groupe de tricheurs. Dans un premier temps, le GRAHM a publié un article dans le Devoir, organisé le Colloque historique de Montréal, invité des candidats haïtiens au Canada.

 

J’avais pris soin de commenter l’article publié dans le Devoir. Les auteurs, de nobles magouilleurs ont tenu un discours compatissant, parlant d’agriculture, d’économie, d’éducation et d’autres sujets chers à la Communauté internationale. Cette supercherie leur rapporte quelque avantage,  ils ont bénéficié des fonds et hérité une audience. 

 

Le Premier ministre haïtien a clôturé le Colloque de Montréal tandis que cinq autres membres du cabinet prenaient place dans l’assistance. Bénéficiant d’un siège au Conseil en charge de la reconstruction nationale, le GRAHM a récidivé en invitant Mirlande Manigat et Henry Backer à donner des conférences au Canada. En favorisant le retour des mulâtres au pouvoir, ces charlatans immolent la Révolution de 1946. A noter que ces grands révisionnistes, en l’occurrence, les membres du GRAHM n’ont jamais mis les pieds en Haïti. Soit le pays est trop sale ou bien ils sont trop propres.

 

Ces faits ont trahi les réelles intentions de nos experts montréalais, un groupe de pacotilleurs. Ils veulent lancer un « développement »  sans « changement ». Ces opportunistes ne veulent qu’une chose, le partage du pouvoir, c’est-à-dire, la fin de la République.

 

Le GRAHM, une association de démagogues s’est buté sur les principes de base du changement national, tel que je le conçois. Quand je prône la rectification politique, il propose la continuité ;  j’appuie l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants, il défend le traditionalisme en invitant dans son cénacle, des candidats qui respirent la corruption et qui pataugent dans l’incurie, oubliant l’accointance de ces derniers avec le pouvoir. Finalement, le changement est-il possible, si on ne tient pas compte de l’existence des éléments antagoniques de notre système politique, les contradictions qui le rongent de l’intérieur et qui le minent de l’extérieur ?

 

La problématique haïtienne réside dans nos pratiques séculaires. La nouvelle méthodologie du GRAHM, un DRAME au lieu de nous éloigner nous enfonce davantage dans le cercle vicieux. Ils se croient être modernes, ils sont primitifs, se croient être experts, sont débiles, se croient être lettrés, sont égocentriques, dans la mesure qu’ils n’ont pas su évoluer en dehors de la dimension haïtienne ni explorer les autres possibilités. Dans la mesure qu’ils ignorent sciemment les causes de nos malheurs, qu’ils nient la nécessité d’une Nouvelle orientation politique. Dans la mesure que leur effort représente un obstacle de plus sur la route du changement.

 

Opportuniste, Samuel Pierre, ingénieur qui n’a aucune compétence dans le domaine de la pensée et de l’écriture s’enorgueillit d’avoir créée une « nouvelle méthodologie » pour confronter la problématique haïtienne. Ce grand citoyen sans talent, s’est contenté de falsifier mon projet pour se créer une place au soleil. Une nouvelle méthodologie découle d’une nouvelle morale politique. Qu’en sait-il ?

 

La « Pathologie intellectuelles de nos lettrés » se justifient par l’arrogance académique du «  Professeur Samuel Pierre, ing., Ph.D., Professeur titulaire à l'École Polytechnique de Montréal et titulaire d'une chaire de recherche industrielle. Chevalier de l'Ordre national du Québec, il est aussi Fellow de l'Institut canadien des ingénieurs et membre de l'Académie canadienne de génie. » Par contre ces distinctions ne l’empêchent pas d’être un éminent plagiaire.

 

Monsieur Pierre ne s’est pas exprimé sur la nouvelle méthodologie dont il réclame la paternité. Il se contente d’indiquer le nombre de pages que contient l’ouvrage, près de 700, ainsi que la « quantité » des collaborateurs, 120.

À mon humble avis, toute nouvelle méthodologie nécessite de nouvelles approches. Le GRAHM a réitéré les erreurs antérieures en allant se blottir dans les bras du gouvernement haïtien, ramassis de malpropres, de criminels et de voleurs. Cet acte reflète l’injustice, la lâcheté, la bassesse et le crétinisme.

 

Étymologiquement parlant, « une nouvelle méthodologie » s’éloigne de la pratique traditionnelle pour explorer d’autres possibilités. Conserver la direction actuelle du pays, ignorer l’efficacité d’une nouvelle orientation politique représente une erreur catastrophique, une entreprise absurde.

 

Ignorant le passé, nos experts montréalais ne font que ruiner le présent. Ils ont marché dans le sillage de Marc Bazin qui a servi les Duvalier ou Georges Anglade qui est venu à la rescousse du CNG.  

 

Il est impossible à quiconque ignorant volontairement l’histoire de la pensée universelle, qui n’a point développé son écriture de postuler de nouvelles méthodologies. Cet exploit est possible seulement dans le milieu haïtien où la vantardise enrichit son client.

 

Comme le Nouveau contrat social, « Construire une nouvelle Haïti » sert de paravent aux desseins obscurs. Ces ferblantiers ont été payés pour chier des pages. En vérité, sans le Colloque de Montréal, un soutien inconditionnel à René Préval, le pays aurait pris une nouvelle direction.

 

J’ai porté la morale politique haïtienne à son plus haut niveau en créant une nouvelle forme de pensée et d’écriture. Simple coïncidence. Plus d’une vingtaine d’années,  je me suis initié aux sciences politiques et à la philosophie. Mes études étaient plutôt orientées vers la perfection individuelle : l’ensemble des pratiques religieuses, académiques et sociales qui rendent l’individu meilleur. Je cherchais aussi l’équilibre intérieur. Dans mes pratiques, j’ai toujours rêvé de contribuer à l’évolution de la connaissance car le monde veille dans l’ignorance.

 

Après tant de recherches, il m’était facile de déduire la solution haïtienne de la crise nationale, en faisant une nouvelle approche, en proposant une nouvelle méthodologie. Finalement,  je préconise l’Émergence de nouveaux dirigeants, une Nouvelle orientation politique, et l’Intronisation d’une réforme générale.

 

En l’an III avant notre ère, Aristote, un philosophe grecque avait étudié les Constitutions de son époque pour pouvoir se prononcer sur les crises politiques. Puisque notre charte ne nous met pas à l’abri des dérives politiques,  je l’ai examiné ainsi que celui de plusieurs nations.

 

Finalement, je constate que la formule démocratique n’émane pas de la Constitution, elle-même, mais de l’ensemble des institutions  nationales, et des mesures ont été prises pour éviter des situations antérieures, telle que, révolution, anarchie. Ainsi, la justice, l’intégration représentent la base de leur système social. Telle était la conclusion de l’examen des Constitutions occidentales. A noter que des pays, comme l’Angleterre ou Israël ne disposent pas de charte.

 

Nous autres avons hérité un système soldatesque, on sort d’une dictature pour tomber dans une autre, d’une mauvaise situation pour sombrer dans le pire : migration, anarchie, obscurantisme, sorcellerie, catastrophe naturelle, épidémie. Il est impossible de trouver la solution à nos problèmes sans connaître les causes qui les engendrent.

 

Depuis deux ans,  j’ai remis mon travail à la nation. Je l’ai placé sur mon site, je l’ai présenté à la Capitale, en outre, un journaliste a commenté un aspect de l’ouvrage. J’ai remis des exemplaires à plusieurs agences de presse nationale aussi bien à des gouvernements étrangers. Finalement, j’ai lancé une campagne d’Alphabétisation politique en rédigeant des articles dans lesquels j’explique mon travail au public.

 

La Réforme générale dont je propose nécessite une infinité d’arrangements, laquelle permettra aux différents éléments administratifs de s’articuler en proposant un ordre prioritaire. Cette trouvaille émerge après de sérieuses considérations historiques en tenant compte de la mentalité haïtienne.

 

Pour avoir coulé tant de sueurs, je me permets de dire que j’ai confronté la problématique haïtienne par une « nouvelle méthodologie ».

 

Si mon Plan a échoué serait-ce pour deux raisons : je refuse de me souiller par le contact des personnalités douteuses mais aussi le changement est impossible sans un engagement formel de nos lettrés, sans l’entière participation citoyenne, sans un mouvement politique.

 

Unique dans l’histoire universelle, mon travail compense la carence méthodologie nationale.

 

Bientôt, la planète sera frappé d’un cataclysme politique. La démocratie américaine s’est dégénérée en ploutocratie ; le Président Brésilien a favorisé son successeur ; celui de l’Argentine s’est fait succédé par sa femme ; les Français les plus doués n’arrivent pas à se faire élire. J’adresse ces questions dans Le Guide de la réforme haïtienne en rectifiant notre système politique, faire de notre pays le creuset de la démocratie moderne.

 

Chef d’œuvre de l’irrationalité, « Construction d’une Haïti Nouvelle » représente un nouvel obstacle pour le changement, dans la mesure que l’ouvrage crée des distractions et un faux espoir pour le milieu populaire, par contre serait une arme redoutable entre les mains de l’oligarchie nationale. Le Gouvernement et Le Groupe de Bourdon vont s’en servir pour convaincre la Communauté internationale.

 

En convertissant le GRAHM, je trouve 120 kilogrammes d’ordure.

 

RÉFÉRENCES :

 

Grande anticipation à la veille du lancement de l'ouvrage du GRAHN sur la reconstruction d'Haïti

 

Interview réalisée par Nancy Roc, Montréal, le 26 octobre 2010.

Publié dans Le Nouvelliste, le 26 octobre 2010

http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=85121

 

 

Par RONY - Communauté : HAÏTI POSSIBLE
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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 21:34

 

 

Christ-roi, Port-au-prince, le 20 août 2010

 

Les ouvrages que je vais présenter, Miroir du soleil, un recueil de poème, et Réflexions II, un recueil de maximes et de pensées, sont publiés respectivement en 1999 et 2000. C’est pour la première fois que je les présente au public. Je ne l’ai pas fait avant, parce que je ne voyais pas la nécessité. Je le fais maintenant, premièrement pour conseiller, inspirer et motiver les jeunes poètes. Car, ce genre littéraire est très fragile, on l’abandonne très tôt, quand il est impossible de publier, quand les conditions de vie tuent la muse, quand notre tiroir est rempli de paperasses. Finalement, je dois me présenter à l’audience nationale assoiffée de nourriture spirituelle, en quête de nouvelles sources d’inspiration. Ainsi, ma mission est de vous inspirer le courage, la fierté, l’espoir tout en contribuant à votre élévation spirituelle.

Dès le début, j’ai voulu crée une forme de poésie simple, directe, divertissante. Communiquer mes sentiment était beaucoup plus important que la langue que j’utilise. Pourquoi ? Le sentiment est authentique, la langue, un lieu commun.

Ainsi, mes règles de base, c’est qu’un poème doit être court et simple. Ce qui compte, ce n’est pas la quantité de mots que le texte renferme, mais l’arrière goût qui reste. C’est-à-dire, comme une boisson, comme une vitamine, le poème doit continuer sa course dans l’âme du lecteur.

La poésie est un froissement de chair, un frissonnement de cœur, les agissements de l’âme pour se dégager des mains du bourreau de l’existence. Pour le poète, la vie est un malheur, les tentatives d’évasion conduisent à de plus grands tourments. Écrire est la volonté d’embrasser son mal incurable, dire ses chagrins sous un air agréable.

Finalement, la poésie n’est pas faite pour être comprise, mais pour être dégustée comme un fruit exquis dont la nature a elle même agencé les ingrédients.

Je commence à écrire des poèmes et des maximes en même temps probablement vers 1978. Au cours de cette période, un mal mystérieux m’a frappé. Mes bras étaient devenus si lourds que je ne pouvais plus jouer du violon. Contemplant la chute prématurée d’une carrière, mon jeune âme se refugia l’écriture laquelle représentait mon unique refuge. Mais, mon apprentissage commençait bien avant. Mon frère qui revenait du Canada apporta avec lui une anthologie de poésie française qu’elle laissa avant de repartir. Un autre frère, avait abandonné un dictionnaire de maximes en s’envolant pour le Mexique. J’ai appris plus tard que l’un de mes parent a cultivé l’écriture, à même étudié par correspondance. J’ai trouvé ses devoirs et ses méthodes.

Autrefois, je marchais à la Capitale, un manuscrit sous le bras, mon violon sous l’autre. Privé d’encadrement technique, je ne savais pas trop bien ce que je faisais. Un jour, j’ai introduit mes textes à mon professeur d’Anglais, à l’Institut Haitiano-américain, elle avait pris soin de commenter mes textes et m’encourageait de continuer. Arrivé aux États-Unis, j’ai étudié la philosophie et les lettres. Ces études m’ont permis d’évaluer mon propre ouvrage, en me présentant l’œuvre des grands maîtres, les différents courants littéraires et philosophiques ainsi que les faits qui les ont produits.

Mes aînés, nos concitoyens, écrivaient des poèmes pour les femmes. Mais, les filles de ma génération déclaraient que cette pratique était surannée. Par contre, la modernité ne m’a pas empêché de suivre le chemin de mes devanciers, quête de grandeur et d’amour.

Après une dizaine d’années d’inaction poétique, due à une infinité de luttes menées sur d’autres fronts, telle que, la volonté d’explorer d’autres disciplines académiques, de faire avancer la lutte pour le changement national, je promets de revenir à la poésie. Miroir du soleil et Réflexions II représentent l’essentiel de mes œuvres de jeunesse, je promets un travail plus noble, plus élevé dans les années à venir, car le poète est appelé à influencer les horreurs du modernisme, en aidant l’Humanité à retrouver le droit chemin.

Maintenant, je vais lire des extraits de Miroir du soleil.

 

 

 

TEXTES

Miroir du soleil

http://www.artunivers.org/miroirdusoleil1.html

 

Réflexions II

 

http://www.artunivers.org/reflexions1.html

 

 

 

Par RONY - Communauté : HAÏTI POSSIBLE
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Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 00:05

 

New York, le 11 septembre 2010

 

Cher Sobner,

Chaque voyage au pays est unique, du moins c’est ce que m’a appris l’expérience. L’année dernière, j’ai entamé la rédaction de mes récits, malheureusement, les textes sont coincés sur un disque défectueux.

Avant de me rendre au pays, habituellement, je mets deux mois à me préparer psychologiquement. À l’arrivée, je dois m’assurer que mon plan marche, que mon rôle coule, que je sois prêt à improviser pour cerner l’imprévu.

Comme j’ai dit dans mon récit, “Séjour chez les miraculés”, je me suis contenté d’explorer Christ-roi en fraternisant avec mes voisins. Je n’ai pas pu donner de conférence de presse ou de récital de musique, comme prévu.

Chaque quartier à son histoire, chaque citoyen ses douleurs. Il est impossible au savoir humain d’embrasser l’étendue de ces particules hétéroclites.

Rentré à New York comme une valise, je me contente de mes premières impressions, des récits navrants, sans essayer de présenter un bilan ni de conceptualiser mon séjour. J’essaie de te faire revivre un moment, les contemplations puisées d’un voyage d’agrément.

 

Habituellement, j’y vais en période scolaire, cette fois, au cours des vacances d’été. Cela fait une grande différence, puisqu’avant je fixais mon attention sur les écoliers, le mouvement monotone et stérile de la jeunesse haïtienne.

En effet, dans un pays où presque tout le monde est au chômage, les activités scolaires surpassent le commerce. Cet été, j’ai vu passé des uniformes clairsemées, j’ai côtoyé des universitaires dans le transport public.

Je caressais le désir d’aller prendre des photographies pour présenter l’Université d’état à mes lecteurs,  mais je n’avais pas de camera mais aussi le temps me faisait défaut.

J’ai voulu situé l’Université par rapport aux tentes et dans l’ère post-sismique. Par exemple, la Faculté d’odontologie a survécu le séisme. Par contre, les gens établissent des tentes à l’intérieur même de la cour, en laissant la barrière libre pour permettre aux étudiants et enseignants de pénétrer dans l’enceinte. La Faculté de Médecine, alors, son fantôme occupe un terrain vague, aménagé pour recevoir probablement des habitats en planche recouverts de tôles métalliques. La Faculté de droit fonctionne comme une boulangerie. Un groupe d’étudiants prenait des examens, tandis qu’un autre groupe se battait dans un rang pour s’inscrire. L’établissement s’est réduit à trois grands habitats dont la façade est complètement ouverte, mais au fond de la cour règne un modeste édifice épargné par le chaos. A la Faculté d’ethnologie, j’ai vu peu d’activité et moins d’enthousiasme. Je me souviens avoir vu peu de dommages mais très peu d’industrie. Les étudiants de l’École nationale des arts veuillent sur la cour, les enseignants se tiennent au seuil des salles de classe vides. L’art est mort. Les artistes peinent comme des chats sur les balcons.

Je suis passé du côté de l’Inaghei, ton ancienne institution en taxi, à sa descente, un étudiant m’avait communiqué ses coordonnées m’invitant à venir exposer mes idées à la population universitaire. Je n’ai pas répondu pour ne pas transgresser mes principes, ne plus discourir dans l’enceinte académique.

 

En laissant l’école pour le marché, je viens d’établir la différence entre les saisons agricoles. Je n’ai pas trouvé des haricots: pois-rouge, pois-congo, pois-de-souche ni de mangue au marché. Je devrais me rabattre sur l’avocat et le pois-france.

Cordon bleu, le marché représentait le centre de mes intérêts. Puisque j’invitais souvent mes voisins à dîner, c’est au près des marchandes que je finalisais mon complot culinaire. C’était pour la première fois, que j’essayais de séduire l’une de mes invités en la faisant découvrir mes plats. Refusant de m’abonder dans ses sens, je lui ai servi le riz de préférence, qu’elle avait dit détesté, auparavant. Non seulement, on faisait de la thérapie culinaire, mais aussi, consommer en voisinage pour compenser la pénurie domestique.

Aussi, au marché, je contemplais de jolies marchandes, je me renseignais sur leur ville d’origine afin de pouvoir comparer leur physionomie à leur lieu de provenance. Puisqu’il m’arrivait d’être l’unique homme dans cette brouhaha de jupes, certaines ménagères  ne s’arrêtaient pas de m’observer dans ma mission. Certaine fois, elles s’enquéraient sur mes achats avant de s’éloigner dans un flot de contentement.  La femme est notre unique institution. Je me perds au musée de jeunes seins bordé de sveltes postures.

 

Sur le Net,  j’ai été trop critique envers le gouvernement pour m’exposer ouvertement au cours de mon séjour. J’ai fixé un rendez-vous à deux amis du Champ de Mars, à l’angle de la rue Capois et Lalue, exactement là où le médecin Jean Ronald Joseph a été assassiné par des motocyclistes une semaine avant mon arrivée. Mais c’est en taxi que j’ai visité les lieux, à l’angle de la Fleur du chêne et Capois où le Professeur Anil Louis Juste est tombé. Les passants ignorent qu’une valeur nationale est tombée à chaque carrefour de la Capitale, que la ville est un mausolée politique.

 

Au sujet des élections, je suis très mal renseigné. Je n’écoutais pas la radio pour ne pas troubler mon repos, je n’utilisais non plus le Net pour les nouvelles internationales. J’ai fait le vide autour de moi en me contentant de mes impressions, de mes constats et de rares témoignages.

Le jour de mon arrivée, une infinité de jeunes portait le maillot blanc à l’écriteau “Fas a fas”, distribués par Wyclef Jean. Cette vile pratique me rappelait Lavalas, dans sa triste prospérité. Une florissante activité commerciale par ci, des décombres par là, le reste de la population s’enfermait dans des rêves indicibles. Élections, s’il y en aura se feraient sans la population. D’ailleurs, l’argent de la Reconstruction atténue l’appétit de la manne électorale qui fait bondir habituellement la rue.

Les élections auxquelles vous vous tenez vont prolonger l’échéance du cercle vicieux : les mêmes voleurs, les mêmes malpropres et les mêmes imbéciles. La solution du pays est ailleurs dans la lutte pour le changement.

 

Je n’ai pas visité les camps fétides, mais je suis passé à proximité, que ce soit sur la Route de l’aéroport, à la Plaine du culte de sac, la Route des rails, la Place Ste Anne, Saint Pierre et Boyer. Je ne cherchais pas à rencontrer des orphelins ni les amputés du séisme, car je n’entendais pas m’ériger en faux humaniste sur la pente des charniers pathétiques. Haïti compte autant de philanthropes que de cafards.

Comme l’année dernière, je me suis arrêté à un bar sur la Grand rue, près du Portail Léogâne pour délecter une bière. Dès mon arrivée au pays, c’est là que je donne rendez-vous au danger, là où est tombé l’oncle de l’un de mes amis, un commerçant, il y a quatre mois.

Les propriétaires veulent réparer leur maison chasser leurs locataires. Après les travaux, les loyers coûteront trois fois plus. On grimpe d’un côté, on descend de l’autre. Ceux qui sont bloqués au milieu courent le risque d’être écartelés.

Incapable de construire et de concevoir, l’État adopte la politique des décombres. Au lieu de les entasser sur les trottoirs, on les sème au beau milieu de la route, pour paralyser l’un des sens de la rue ou bloquer complètement l’accès. Au lieu de les ôter, quelquefois, des camions viennent en déverser. 

Les voitures des Nations unies et des ONG semblent courir dans l’espace, elles sont si détachées de la réalité. Elles sont remplies de « Blancs », souvent de couples venus sabler le champagne d’amour sur les ruines de notre nation.

C’est en ces termes que je définis la coopération internationale, une malhonnête gestion du dossier national. En d’autres termes, la situation nationale est le produit du terrorisme international. Haïti se présente comme un carrefour où tous les vermines du monde se côtoient. Pas d’idée, pas de bonne volonté, on organise un complot contre le progrès, un coup d’état contre le développement.

Nous avons assez de compétence, mais l’absence d’institution et l’inexistence de normes nous placent dans un univers de transgression. Quand chacun essaie de s’imposer, projette une fausse image, nourrit une mauvaise conception, le collectif se dégénère en troupeau. Notre nation n’est qu’un troupeau de gens, un pays d’objets. La solution réside dans l’adoption des règlements, une Force doit l’imposer.

Au dynamisme social faut-il imposer une nouvelle orientation politique d’où commence la vraie Reconstruction, une parfaite maîtrise du social haïtien.

Incapable de répondre directement à vos questions, dans ma confusion, je me contente de vous décrire mon état d’âme, une éternelle convalescence.

J’ai fêté à Port-au-Prince pour venir pleurer à New York.

Haïti ! Quel beau pays! Un sale enfer!

 

Rony Blain

 

 

 

RÉFÉRENCES :

 

New York, le 16 septembre 2010

Rony,


Cela fait longtemps qu'on ne s'est pas communiqué. Tu m'as appris d'avoir été en Haïti.

Qu'est ce que tu as tiré comme leçon?

Quelle est ton impression et qu'est ce qui t'a marqué le plus?

Tu parles d'univers insolite, de ta perception de la réalité ainsi que du déplacement physique et mental. Pourrais -tu être  plus explicite?

En un mot, comment tu décris la situation générale du pays dans une ère marquée par des élections présidentielles ?

 

Sobner Lhérisson

Par RONY - Communauté : HAÏTI POSSIBLE
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Mardi 21 septembre 2010 2 21 /09 /Sep /2010 02:00

 

Port-au-Prince, le 8 septembre 2010

 

Cher Rony,

Après le 12 janvier, je me sentais triste, déprimée mais après avoir fait ta connaissance, mes amis et moi, sommes sentis mieux, car tu as su ajouter un peu de baume, de joie et de gaité à nos jours. Je tenais à te remercier particulièrement pour nos soirées passées à bavarder et à philosopher.

Ces moments vont nous manquer, surtout tes mets alléchants et succulents. J’espère que tu ne me garderas pas rancune et que nous pourrons communiquer via le Net car tu nous as redonné la joie de vivre, la force de lutter et d’avancer sur le chemin.

Je tenais à te remercier pour tes cadeaux qui m’ont beaucoup plu et j’espère que l’année prochaine, si Dieu nous prête encore la vie, nous pourrons organiser des fêtes ou soirées extraordinaires avec de la bonne musique et toi jouant du violon.

Les mots nous manquent pour t’expliquer notre joie et notre reconnaissance. Alors, je ne peux que te dire un grand merci qui vient du fond du cœur.

N. G.

 

Commentaires:

L'une de mes voisines à Christ-roi m’a remis cette lettre le soir où on célébrait l’anniversaire d’une petite fille. Au menu : violon, poésie, mets et anisette. Seulement six à huit personnes sont admises dans nos soirées. Mais d’autres sont autorisées à venir saluer.

Je ne savais pas qu’avec si peu on pouvait remonter la morale de tout un quartier.

Par RONY - Communauté : HAÏTI POSSIBLE
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Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 00:17

Je suis rentré à New York après avoir passé cinq semaines à Port-au-Prince. Mon état d’âme me place dans un univers insolite, ceci après chaque voyage. Il faut se déplacer physiquement, mentalement ; sur ce double parcours, on perd des notions de temps et d’espace. La partie la plus affectée en moi est ma perception de la réalité, une conception des choses lesquelles se déplacent à mesure que nous bougeons.

Chaque année, j’arrive au pays avec une infinité de projets, même quand le but de mon dernier voyage était de superviser les travaux de réparation de la maison familiale. Aussi, au lieu d’explorer l’univers social, je me suis barricadé en me contentant de recevoir mes voisins victimes des dernières catastrophes.

D’abord, j’ai eu deux grandes surprises. De l’étranger, J’ai été très mal informé de la situation. À l’atterrissage, je ne m’attendais pas à voir des maisons en dessous de moi. Sur la route, je constate les premiers villages de tentes construits dans l’aire de l’aéroport, un acte politique dévidé de toute substance humanitaire. Dans l’entendement de nos dirigeants, il faut faire triompher la misère, le crime et le malheur. Voici en gros le système haïtien. Malheureusement, la Communauté internationale, les nations civilisées, appuient nos bourreaux, financent notre disparition.

Les maisons effondrées sont en parfaite harmonie avec le paysage national ; les manchots, les unijambistes, se confondent aisément avec la population locale. D’ailleurs, en 2009, j’avais questionné le nombre élevé d’amputés,  mais personne ne pouvait me renseigner. Ces infortunés tombent dans la catégorie naturelle, le tragique mépris social.

Je n’ai pas pu explorer la Capitale détruite, mais semble-t-il que les quatre vingt-dix pourcent des maisons  ont résisté.  Comme tout le monde, j’accepte la disparition de quelques édifices dont certains cachent des cadavres dessous. Des immeubles qui ont perdu le premier étage, sont assis comme des chiens,  de tristes monuments dans ce milieu anarchique.

Ma famille a perdu une douze d’appartements, quatre locataires. Je me suis présenté sur les lieux, sans me laisser abattre par ce déficit. Je me tenais de l’autre côté de la rue pour embrasser l’étendue de notre petit cimetière. J’ai vidé les lieux comme un cadavre laisse la morgue, sans émotion ni regret, car au cours des ans nous avons vécu pis, je parle de frères et cousins qu’on a assassiné, qui se sont suicidés, ou la maladie emporta dans la vingtaine.

Finalement, je suis surpris par la façon dont la population transcende le drame en le tournant à son avantage. Le commerce germe sur les ruines. Par exemple, au Champ de Mars, on voit des bars des restaurants, des salles de jeux : un commerce florissant logé sous les tentes. Mais à la rue Oswald Durand, les tentes bordent les universités publiques, laissant libres les entrées aux étudiants et aux  réfugiés qui veillent à sur les cours. Les salons de coiffure y installent des enseignes et du courant électrique. Les affaires épousent le drame quotidien.

Une bonne partie de la bourgeoisie a perdu ce qu’elle a construit pendant des générations. Un groupe est parti à destination inconnue, le reste est broyé par le nouvel ordre social, l’émergence d’une nation de tentes.

Si l’année dernière, je discourais dans les places publiques, affrontant les brigands de tout poil, cette fois, je me contentais de recevoir des visiteurs, en l’honneur de qui j’ai  offert des soirées culturelles : récitals de poèmes, sérénades, causeries et soupers.

Notre drame a commencé en Afrique, dit-on, le séisme n’était qu’une simple nuit orageuse d’autres épreuves nous attendent sur le chemin rocailleux. D’ailleurs, la rumeur fait croire que le pire arrivera dans les prochains mois.

Port-au-Prince se porte mieux qu’avant, d’ailleurs presque toutes les femmes sont enceintes.

 

Rony Blain

New York le 12 septembre 2010

 

 

 

 

Par RONY - Communauté : HAÏTI POSSIBLE
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