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Rony Blain 4 janvier 2011
Aujourd’hui, l’opposition traditionnelle se mobilise contre la volonté de René Préval de prolonger son mandat au delà du 7 février, date à laquelle son successeur devrait prêter serment du moins suivant les lettres de la Constitution. L’actuel président s’oppose à la formule de gouvernement provisoire, disposition constitutionnelle. Malheureusement, nos acteurs politiques se contentent de prôner le “remplacement” au lieu de “changement”. Le premier vise la continuité, incurie, corruption, assassinat ; celui-ci, préconise la révision de notre système politique ainsi que l’intronisation d’une réforme générale.
Dans mon ouvrage, La Nouvelle opposition, paru en 2007, je vante les avantages d’une période transitoire, laquelle devrait favoriser l’intronisation de la réforme générale.
À mon avis, le malheur national émane de notre système politique. Les analyses historiques montrent que les faits obéissent à certaines logiques d’où découlent certaines pratiques.
La faiblesse institutionnelle engendre des régimes impotents, des dirigeants incapables, des cadres irresponsables. Dès que les lois seront modifiées pour faire échec à ces dérives, le pays avancera sans difficulté sur le chemin du développement. Mais, si on accorde quelques mois à chaque gouvernement pour les évaluer, un mandat pour les aduler ou incriminer, la situation nous échappe, car non seulement les responsables ont hérité des crises il en créent pour seoir leurs influences.
René Préval ne partira ni en février ni en mai à moins qu’on lui administre quelques coups de pied au cul. D’ailleurs, il avait pris la décision de ne pas nommer d’autres juges à la cour de cassation afin que cette branche qui s’est réduite à cinq membres, au lieu de neuf, s’éteigne toute seule.
Soutenu par les ambassades locales, secteur qui importe le choléra, qui empoisonne nos lacs, il produira des événements favorables à son maintien, même quand il fait immoler d’autres juges, enseignants, syndicalistes et de nobles citoyens.
L’intelligentsia nationale doit intervenir de façon adéquate sur la scène locale. Elle doit œuvrer au delà de l’émotion pour concevoir le changement dans toutes ses dimensions.
Certains observateurs croient qu’un gouvernement est un cirque, parce que nos dirigeants sont des clowns. Beaucoup d’Haïtiens croient s’ils changent de bourreaux, ils connaitront de meilleurs sorts. Pour avoir été torturé pendant si longtemps, ils se sont précipités dans un masochisme amer. Comme si dirais-je, ils sont nés pour être pendus. Pratiquant le culte du malheur, nous avons tendance à choisir la souffrance dans le miasme cruel où nous pataugeons.
Puisque le temps marque la fin de chaque chose, quand le train du changement sillonne la vallée de la démocratie, nous voici face à la possibilité de changer notre destinée, sortir du calvaire de l’errance pour la prairie du développement; laisser l’obscurantisme pour se régaler de civilisation; fuir l’injustice pour embrasser la solidarité.
Si la vie nous précède, il nous arrive parfois d’être en mesure de changer le cours des choses. Aujourd’hui, nous sommes à ce carrefour, mais très peu de gens jugent nécessaire, de se mettre debout pour aller à la rencontre du changement, tandis que l’autre camp, la bourgeoisie traditionnelle veut remplacer nos actuels bourreaux par de nouveaux assassins.
En démocratie, les peuples ont des devoirs envers leurs intérêts, ils sont responsables de leur sort. Dans notre cas, nous avons des obligations envers nos ancêtres des esclaves libérés tout en évitant à nos fils de sombrer dans la servitude.
Le refus de l’opposition traditionnelle au prolongation du mandat de René Préval tombe dans la rubrique du remplacement pas du changement. Après avoir appuyé le président sortant pendant les cinq dernières années, ce groupe est prêt à acceuillir son successeur, allégeance au cercle vicieux.
Par changement, il s’agit d’entreprendre une rectification politique en soumettant à l’analyse, toutes les crises politiques qui ont jalonné notre histoire et qui ont tendance à nous retenir dans la fange.